~ Narrateur ~
_____Hurler, elle en avait besoin, hurler l'avait soulagé plus que n'importe quoi. Son hurlement se fut de plus en plus faible, puis finit par s'éteindre, étouffé par les larmes. Elle se souvint alors de cette chaine qui se tenait autour de son cou. Sa main parcourut sa poitrine pour s'arrêter vers sa clavicule, ses doigts cherchèrent à tâtons la fine chaine argentée, dont le pendentif étincelait dans la pénombre. Elle resserra le pendentif rectangulaire de ses doigts, comme si la présence de ce médaillon la rassurait. Elle n'avait jamais pu se résoudre à l'enlever, jamais. Le médaillon lui permettait de ne pas oublier, oublier ce pourquoi elle devait rester là. Ce pourquoi elle avait autant de haine, de colère, de peine, et aussi d'amour, sans oublier la pointe d'acidité qui rongeait son âme de l'intérieur. Elle soupira. Sa respiration saccadée se calma peu à peu, elle se releva fébrilement et se dirigea vers le tas de valises.
_____Elle fit valser quelques vêtements qui trainaient autour et ouvrit la petite valise d'un noir de jais, qui trônait à sa droite. Elle en tira une sacoche, mauve, relativement petite et fit glisser la fermeture. Elle plongea sa main à travers l'ouverture béante, et en sortit un sachet en plastique transparent, contenant plusieurs cachets de différentes couleurs pastelles –très aguichantes-. A leurs côtés, se trouvait un minuscule flacon transparent, contenant un liquide semblable à de l'eau, incolore. Elle fouilla encore un peu dans le sac et fini par en sortir une grande bande de caoutchouc brunâtre, assez élastique ainsi qu'un objet en plastique qui ne devait être autre qu'une seringue... Elle se mit à contempler avec insistance ce qu'elle tenait dans ses mains.
[ écoute : The Rasmus - In The Shadows ]
_____Elle montra d'un air hautain le petit bout de plastique, synonyme de « pass pour l'entrée V.I.P », au corpulent agent de sécurité placé devant les deux portes battantes. Il l'examina d'un ½il minutieux et la laissa entrer en bougonnant dans son absence de barbe. Elle pénétra donc dans le carré V.I.P, -qui était d'ailleurs beaucoup plus grand qu'un simple carré- La chaleur suffocante lui fit monter le sang aux joues, la fumé de cigarette lui piqua un peu les yeux, et la musique , beaucoup trop forte, couvrait la voix des autres occupants de cet espace. Elle repéra vite sa bande « d'amis » si on pouvait les appeler comme ça. Sur son passage, plusieurs personnes la bousculèrent, ne l'ayant pas vue, tellement concentrés dans leurs déhanchements sulfureux. Mais elle s'en fichait, elle allait bientôt se retrouver comme ailleurs. Elle se rapprocha de leur table. Plusieurs verres remplis –sans aucun doute- d'alcool, étaient amassés sur la table basse. Dans une grande soucoupe noire, siégeaient une bonne demi-douzaine de comprimés multicolores, aux tons les plus souvent pastel.
_____Elle connaissait tous ceux assis autour de cette table, ils se réunissaient ici presque tous les soirs. Comme une grande famille, ils étaient tous dans le même cas, un peu comme elle, vous savez, ces enfants
de « riches ». Le plus souvent, qui ont tout pour eux, une belle maison, des vêtements de marque la plupart du temps, et surtout de l'argent ! Ils aimaient attirer la convoitise. Pas Charly. Non elle n'était pas comme ça. Bien-sûr elle possédait exactement les mêmes choses qu'eux. Mais pas cette envie d'attirer tous les regards sur elle, comme pour se retrouver sous les feux des projecteurs. Pourtant elle était là, avec eux.
_____Eux, ce petit groupe de jeunes adolescents qui creusent, sans s'en rendre compte, leur propre tombe. A petit feu. Ils se détruisent eux-mêmes et prennent du plaisir à cela, en redemandent, et finissent par y renoncer, puis finalement, recommencent. Au début ils arrivaient encore à se contrôler. A limiter leur dose. Puis ils y prirent goût. Les doses se firent de moins en moins espacées. Les effets étaient de moins en moins visibles. Alors il a fallut attaquer quelque chose de plus fort ! Voire peut-être même, encore plus dangereux. Une douce dépendance. Un cercle vicieux avant tout, me direz-vous... Vous n'avez pas tord. Jouer avec sa propre vie ! C'est excitant n'est-ce pas ? Tout dépend du point de vue.
_____Elle leur fit tour à tour la bise et s'assit entre un grand blond, qui avait les cheveux en batailles, et une fille, plutôt petite et maigrichonne. Faisant face à un brun, les yeux ténébreux, une allure désinvolte qui lui plaisait bien. Elle le connaissait lui aussi, il était, différent. Pas comme les autres. Il paraissait moins vulnérable. Comme hors d'atteinte. Il n'avait pas besoins de ça pour se sentir mieux, pour se sentir planer, se sentir s'envoler. Pour se sentir... bien. Mais il restait quand même avec eux, il faisait partie de la « bande ». Il s'y plaisait. Même si bien-sûr, les voir se détruire comme ça le révoltait. Enfin disons plutôt que c'était surtout Elle qui le révoltait ! Elle, cette sublime créature aux yeux bleu-vert. C'est pour elle qu'il reste avec eux. Pour pouvoir l'admirer telle une pierre précieuse, tous les soirs. Pour pouvoir entendre sa voix suave, mélodieuse. Pour percer ses secrets. Il se l'était promis. Il s'était promis de passer un jour au travers de ce voile. De connaître son histoire, car oui, il ne la connaissait que trop mal. Malgré cela, il l'avait déjà quelque peu cerné. Mais il voulait tout savoir d'elle, son passé, ce qui l'avait poussé à faire ça. Sa vie.
-C'est quoi le thème de la soirée aujourd'hui ? demanda une voix féminine qu'il lui était étrangement familière.
-Euh... Je crois que ... euh, c'est une soirée à thème libre...c-ce-ce ce soir, lui balbutia une petite voix aiguë qui n'était autre que celle de Maryssa, la fille maigrichonne, assise à la gauche de Charly.
_____Celle-ci lui gratifia d'un sourire. Le grand blond, de son nom, Mickael, tendit une pastille jaune pastel ainsi qu'un verre de ce qui ressemblait fortement à du whisky, à Maryssa.
-Tiens prends ça ! Et pour l'amour de dieu, détends-toi ! Ma parole, on dirait que tu as avalé un piqué, qu'est-ce que t'as ce soir ?!, s'exclama-t-il avec une pointe d'agacement dans la voix.
_____Ne prenant pas en compte sa remarque désobligeante, elle avala ce qu'il lui avait donné en vidant le verre de whisky. Comme-ci rien de s'était passé, les autres continuèrent à discuter de ce qu'ils pourraient faire –hormis avaler ces pastilles- de la soirée. Une des grandes blondes peroxydée lança « une blague affreusement tordante » disait John, un garçon portant des lunettes, qui, soit dit en passant, lui donnaient un air de premier de la classe, faussement crédible. Les autres éclatèrent de rire à l'entente de sa « vanne ». Charly et le ténébreux se joignirent à eux. La plantureuse brune éclata d'un rire amer.
_____ EElle trouvait cette fille tellement pathétique. Rien de plus qu'une pimbêche essayant de se faire remarquer. Trouvant « cool » de faire comme les autres, de les imiter. Pour être dans le « mouv' ». Charly n'était pas là pour eux, comparé à elle. Charly était ici, tous les soirs dans cet endroit pour s'offrir quelques heures d'oublie, quelques heures d'euphorie pour retourner ensuite dans se monde d'adulte aigris et obnubilés par le pouvoir et l'argent. Si différente de cette vulgaire blonde. Natasha essayait simplement de faire tourner les regards sur elle, de les détourner de Charly. Car oui, il faut le dire, bien qu'elle n'ait jamais eu envie d'avoir des dizaines de regards braqués sur elle, elle en avait en permanence. Il est vrai que mère nature avait grandement choyé Charly... Elle le savait. Elle en profitait même dans certaines situations. Les cachets d'ecstasy circulaient maintenant, librement autour de la table, sans jamais s'arrêter devant le grand brun.
_____Il observait toujours avec autant d'attention les moindre faits et gestes de Charly. Voilà près de vingt minutes qu'elle avait avalé la pastille rose cette fois. Plus que quelque minutes et elle se sentira planer, voler. Ses pupilles commencèrent légèrement à se dilater. Ce qui l'entourait semblait à présent un peu flou sur les bords. Maintenant, elle se mettait à rire bêtement pour la moindre plaisanterie, bonne comme mauvaise. Elle sentait toujours le regard de braise qu'il posait sur elle. Mais pour l'instant elle s'en fichait pas mal. Bien-sûr son charme ne la laissait pas indifférente, mais ce n'est pas dans un moment de pure hilarité –quasi- générale qu'elle allait se mettre à le fixer comme une démente !
_____Plusieurs heures s'étaient déjà écoulées depuis son arrivée. Elle se sentait doucement redescendre. Mais assez lentement quand même. L'alcool coulait toujours à flots. Elle se sentait bien là, en train de glousser comme une pintade à cause d'une blague faussement pathétique, une cigarette à la main droite, un verre de vodka à l'autre. Soudain un jet de lumière vive s'arrêta sur elle. Elle avait été choisit par l'animateur du carré V.I.P pour chanter une chanson sur un air de karaoké, pour animer la soirée. Plusieurs personnes avaient, avant elle, déjà défilé sur le podium. Le jet de lumière s'éteignit. Et les applaudissements s'arrêtèrent. La salle fut à nouveau plongée dans la musique que le D.J s'était empressé de mettre dès lors que l'animateur avait eu finit. Les autres se mirent à rire de l'exaspération de Charly qui avait été désignée pour la cinquième fois en quatre jours. Charly termina le fond de son verre et roula des yeux.
- Non... Mais ... M-mais il... il est amoureux de toi ou quoi ?!!, dit John entre deux rires.
-Nan pire ! Il pense qu'il a un ticket avec toi !! répliqua Michael en se tortillant sur son siège sous la force de son fou rire ; emportant tout les autres dans un fou rire général.
_____Charly se mêla aux rires, de bon c½ur, étant sous l'effet de ces petits cachets, appelés Ecstasy. Bien-sûr, de son état normal elle n'aurait jamais réagis comme ça, mais se serait plutôt contenter de jeter un regard noir à son interlocuteur - qui n'était d'ailleurs aucunement doué pour les blagues, mais encore une fois, tout dépend du point de vue que l'on y met-. Se calmant la première, elle lui répondit :
-Et bah il pense mal hein ! J'vous assure que s'il essaye – rien qu'une seule fois- de me ploté ou quoi que ce soit du genre, il se reçoit mon poing dans sa face de crapaud cramoisi avec des yeux globuleux !
_____Cette réplique eut pour but d'achever les autres ; « cramoisi avec des... yeux ... glo-glo-globuleux ! » répétait Maryssa en se tenant les côtes. Ils rirent tellement fort d'ailleurs que leurs voisins de table c'étaient tous retourné pour voir ce qu'il se passait d'aussi hilarant. Charly se leva, toujours sous le regard insistant de celui qui lui avait fait face toute la soirée.
_____Elle prit la direction des toilettes. Elle se remaquilla légèrement et sortit de son sac, un minuscule flacon accompagné d'une seringue. Ainsi qu'une longue bande brunâtre. Elle mit la bonne quantité de ce liquide dans la seringue, rangea le flacon de verre dans son sac. Saisi la bande, remonta sa manche gauche, et se fit un garrot. Des veines apparurent alors distinctement au pli de son coude. Elles étaient si nettes que l'on pouvait presque tracer leur chemin du coude au poignet. Elle attrapa la seringue posée sur le rebord du lavabo, l'approcha doucement de sa peau. Ses mains ne tremblaient pas, elle avait répété ce geste beaucoup de fois déjà, auparavant. Elle appuya un peu plus, senti le pincement du métal qui pénétrait sa peau en allant se loger dans sa veine. Son pouce exerça une légère pression sur le piston.
_____Elle senti le liquide se déverser en elle, un peu froid. Encore cette sensation d'excitation intense. Le c½ur qui s'accélère comme dans une folle course. Sa bouche qui devient sèche... Elle aime ça. Combiner, Alcool, Ecstasy et Héroïne n'a jamais fait bon ménage. Elle joue avec le feu ! Elle touche une plante vénéneuse. Elle la touche au risque de se piquer. Elle détacha l'aiguille de la seringue, et la jeta bien au fond de la poubelle. Quant à la seringue, elle la fourra dans un sachet au fond de son sac. Enleva le garrot et lui fit subir le même sort que la seringue. Dans moins de dix minutes elle n'aura plus cette impression de descendre. L'héroïne a pour but d'apaiser sa chute, de la rendre doucereuse. Heureuse en étant malheureuse, est-ce possible ? Elle sortit des toilettes et se retrouva nez à nez avec le grand brun, à qui elle n'avait que rarement adressé la parole. Il planta ses yeux perçant dans les siens.
- Qu'est-ce qu'il y a ?, se hasarda-t-elle, soutenant son regard.
- Pourquoi tu fais ça ?
- Faire quoi ?, lui répondit Charly, sur un ton d'incompréhension.
- Faire comme eux, pourquoi tu te drogue ? Tu t'abaisse à leur niveau. T'as pas besoins de ça...
-...Ce n'est pas toi qui décide de ce que je dois faire ! Et encore moins ce dont j'aurais besoins ! Occupe-toi de tes affaires, le monde s'en portera mieux ! lui répondis-t-elle sèchement.
______Elle le bouscula et se dirigea vers l'animateur. Apprivoiser cette fleur sauvage n'allait pas être une tâche facile. Mais il aimait relever les défis. La façon dont elle lui résistait de faisait que renforcer son attirance. Il savait qu'elle n'était en rien indifférente à son charme. Ils étaient tels deux aimants, se cherchant. Essayant de s'approcher, sans vraiment y arriver pour le moment. Il retourna à sa place. Le meilleur moment de la soirée allait arriver. Il entendra bientôt les premières notes de sa voix. Comme tous les autres soirs, il captera son regard, et s'y plongera. Sa drogue à lui. De son côté Charly arriva à la hauteur du présentateur. Il lui demanda qu'elle chanson de karaoké, elle allait chanter.
- Aucune. Vous n'auriez pas une guitare sèche ?
- Euh... Et bien ... euh oui, si si... bi-bi-bien sûr, je ... je vous apporte ça. bégaya-t-il, prit au dépourvu par sa demande.
_____Il disparut dans l'obscurité. Puis revint, tout sourire, une guitare à la main. Il la tendit à Charly, qui la mit en bandoulière. Le présentateur bondit sur le devant de la scène et demanda un peu d'attention à la « charmante jeune fille » comme il le disait, qui s'apprêtait à venir sur scène. Les techniciens avaient déjà installé un tabouret ainsi que deux micros (un pour la guitare). Elle avança à pas feutrés, s'assit, posant la guitare sur ces cuisses. Elle salua la salle. Les premières notes résonnèrent. Les chuchotements se turent et les lumières laissèrent place à un seul grand faisceau qui éclairait Charly. Tout en faisant glissait ses doigts sur les cordes, elle chercha des yeux celui qu'elle avait bousculé. Elle le repéra. Lui aussi. Elle pu commencer à chanter...
_____ Elle se souvenait parfaitement bien de cette soirée... Là que tout à commencer. Elle remit les différents objets dans sa sacoche et la rangea sous une pile de vêtements. Elle pouvait encore sentir le goût amer des pastilles, sur sa langue... Ces marques restent ancrées. Elles ne partiront pas. Elle porta le médaillon à ses lèvres. Un contact froid. Très froid même... Elle se dirigea vers l'armoire. Il était temps de se changer. Elle attirerait l'attention à trop rester cloîtrer dans sa chambre.
_____Elle se couvrit d'un T-shirt orange, très coloré malgré son état plutôt morne. Il ne fallait pas changer brusquement de « codes », au risque de divulguer son état... Penser à cette façade, d'abord ! De toute façon, ce n'était que ce qu'on lui avait apprit, s'occuper d'abord de la bonne apparence de sa façade et ne pas laisser entrevoir, son « double jeu », cacher son naturelle, pour le remplacer par quelque chose de préfabriqué. Elle enfila ensuite un sarouel noir et orna ses pieds de Converses. Elle se rendit dans la salle d'eau, se coiffa un peu mieux et souligna ses yeux d'un trait de crayon vert, du même ton que ces yeux. Elle se mit également une touche de mascara.
_____Elle rouvrit les volets, le ciel était moins nuageux, moins noir. Mais le soleil n'était pas non plus au rendez-vous. C'était son jour d'anniversaire, et elle n'avait encore pas reçu de coup de fil de qui que se soit. Elle ressentit un petit pincement au c½ur, ce n'était pas la première fois qu'on l'oubliait... Alors une fois de plus, une fois de moins, cela ne changerait rien, le seul coup de téléphone qu'elle aimerait recevoir en cet instant était celui de ce beau garçon à l'allure désinvolte de cette soirée... Mais plus jamais elle ne verrait son nom ni même son numéro affiché à l'écran de son téléphone. Plus jamais !
_____ Elle prit une profonde respiration. Le ciel ne pleurait plus. Tout comme elle. Elle ne pouvait plus. Elle n'y arriverait pas. Elle avait comprit que cela ne servait a rien. Les larmes ne le feront pas revenir. Bien entendu, elle le savait déjà. Mais n'en avait prit conscience seulement en se rappelant cette soirée. Deux aimants qui s'attirent, se tournent autours, se cherchent, se trouvent... Puis se perdent, pour toujours. Elle avait comprit... Ces deux aimants c'étaient eux.
Il est long hein ;) c'est pour me rattraper des derniers qui sont relativement courts.
J'espère que vous avez aimez. Et que grâce à la grande partie en italique, vous avez cerné un peu plus qui était Charly, avant ! Brefouille, des questions ? =)
45 commentaires la suite.
6 commentaires chacun ? *_* s'vous plait !
Merci pour vos com's et un graand merci à celles qui prennent le temps de faire des commentaires constructifs !
vous me faites rêvez :D
Gros bisous
<33
Pix : D'l'Ecstasy.
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